
Déplacements
AvatarS reste l’histoire d’un peu d’amour – voire plus – et du courage, malgré la peur et l’horreur. Kafka n’est jamais loin. A chacun de retrouver une place sans peur de l’univers et au besoin de savoir la changer. C’est ’occasion idéale pour placer l’homophonie : C’est cité / cécité. Existent de troublantes hypothèses d’états superposés rappelant celle du chat dit « de Schrödinger » : mort/pas mort, mort et pas mort, ni mort ni pas mort, assassiné et fugitif, exécuté puis évadé…
Dans une lettre du 14 juin 1920, Kafka racontait à Milena son rêve : “Ton costume, étrangement, était de la même étoffe que le mien.” Ici, l’auteure, entre les êtres imbriqués, partage parfois instantanément les mêmes idées.
Daniella Pinkstein poursuit et, désormais, déshabille et rhabille la langue et ce, à l’abri de ses coursives et coulisses afin de poser les linéaments, tenants et aboutissants dans cette fiction – entre ciel et terre. Des images omniprésentes et des mots qui échappent donnent sur l’époque une vision fragmentée, demeurent obsédés par le visible, et la rapprochent des formalistes chirurgiens du réel. Mais plus que d’ « opérer », le romancière dispense un remède.
AvatarS devient en conséquence une métaphore née des fracas du monde. Mais ce roman reste celui de l’espérance. L’auteure nous place dans la confusion, sinon pour en sortir, du moins pour rester digne. Certes, nous culbutons collectivement et nous sommes dépassés. Mais un espoir persiste. Là où existe un « change » de la réalité concrète à l’abstraite, de la « réelle » à la théorique en passant parfois et au besoin de l’infiniment grand à l’infiniment petit.
Jean-Paul Gavard-Perret
