Josselyne Chourry

Dans ce recueil traversé de forêts intérieures, d’oiseaux de passage, d’émotions et de silences, Josselyne Chourry fait de la poésie une manière d’être au monde. Ses vers naissent d’un frémissement : celui des arbres sous le vent, d’une lumière au bord de l’aube, ou encore d’une mémoire ancienne enfouie dans la terre et les saisons.
L’intime frisson d’être observe les liens invisibles qui unissent l’humain au vivant. La nature n’est pas décorative, elle respire, souffre, veille, console. Les arbres deviennent des figures tutélaires, les oiseaux des messagers, les jardins des refuges contre la brutalité du monde. Munie d’une langue sensible, nourrie d’images organiques et cosmiques, la poétesse interroge aussi la solitude, la mémoire, la disparition, mais, comme toujours dans ses écrits, avec cette foi coriace dans la beauté qui demeure. Ici la contemplation devient résistance et les poèmes déposent, au creux du lecteur, une poignée de lumière.
Format 120 x 180 mm, 74 pages N&B
Ils en parlent :
Un recueil petit format qui a tout d’un grand, il peut être emporté avec soi car il pèse léger, et sa parole ouvre un espace en soi qui rejoint une clairière dans la nature où le chant des oiseaux sur la passerelle de la lecture se régale des graines de joie que la poétesse a semées. L’intime devient une cathédrale dont les vitraux, traversés par la lumière de la poésie, nous éblouissent, quel que soit le nombre des saisons engrangées . Il y a le rythme des saisons qui pulse dans ce recueil et la collection de toutes celles qui ont été portées, et ont parfois pesé… mais les échos de la nature nous invitent à nous « abandonner », au fil des poèmes, « à la neige des ans ».
Les rivières ne cessent de parler en sortant de leurs lits. On perçoit les cris des arbres, immobiles, sous le passage des flammes. Tant de douleurs interrogent notre propre survie ! En ce mois de juillet 2026 où flambent des hectares de forêts certains poèmes semblent prophétiques. Pourtant ils ne sont que douceur, déclaration d’amour, graines de conscience qui invitent les cœurs à sortir de ‘l’indifférence et à ouvrir toutes les cages ».
La voix de la nature se laisse entendre dans la poésie de Josselyne Chourry, elle en appelle à l’alchimie des mots pour transmuter la douleur en allégresse. Son écriture, d’une grande sensorialité, part du terreau des souvenirs engrangés depuis l’enfance pour délivrer les fruits – matures – d’une parole qui ne renie jamais la vulnérabilité.
Je relève cette volonté de tenter de nommer les choses dans leur pureté originelle, de faire résonner leur vibration unique. « Je voudrais arracher tous les oripeaux des mots / pour les habiller de la sève bleue de mes stylos. »
Entre les arbres passent comme furets les mots du « cœur pèlerin de la nature ». Elle les travaille à en retourner sa propre terre, et c’est en elle qu’elle leur ouvre un espace protégé. Le respect de la nature trouve dans ces pages sa meilleure manifestation. L’auteure marche dans l’ombre des arbres, elle les accompagne, elle s’essuie même les pieds avant de fouler le sol sous lequel se déploient leurs racines… et elle n’oublie pas les oiseaux, ces « semis du ciel ».
«… J’ai la nostalgie des hirondelles / en rangs serrés sur les clôtures / et des grues qui s’en vont à la fin de l’été / vers d’autres horizons. / Alors, je cueille quelques plumes oubliées / pour en faire des parures / en remerciant les semis du ciel / qui nous abreuvent de leurs chants. »
Mais qui est vraiment cette auteure qui prétend n’être rien de plus « qu’un mot égaré sur le bord d’une margelle » ? Elle est poète, assurément, et elle le prouve, p 62, dans son Sonnet pour la terre. Elle est semeuse de mots glanés au plus proche de la nature qu’elle sait en-tendre.
«…Écrire requiert le geste auguste du semeur. / Jardinier de la terre ou jardinier des mots / sont des faiseurs de paix. »
Accueillons donc ce recueil et son semis de mots avec tous les égards dus à « Dame nature ». C’est elle qui entre un peu plus loin dans nos cœurs à la lecture de ces poèmes.
Carmen Pennarun
« J’aime les horizons ouverts, profonds et spacieux, lorsque le regard s’égare à trois cent soixante degrés en technicolor. J’aime les paysages qui traversent mon âme et m’envoûtent de subtiles connexions. », écrit Josselyne Chourry dans son texte liminaire.
Certes, des villes de béton paralysent des mouvements vitaux. Mais par sa pensée et sa poésie, elle entend, voit et sent l’essence de la terre et ses spectacles où les arbres sont rois : « Les chênes rêvent d’être plumes. / Les chênes offrent au soleil /leurs chevelures brunes/ juste avant la lune à l’horizon du soir ».
Preuve que, loin de « l’immonde cité » chère à Baudelaire, l’auteure la quitte et s’abandonne dans les forêts en citoyenne de sa planète et « plante des graines dans les allées de [s]a bibliothèque afin que germent des mots qui chanteront jusqu’au dernier souffle la beauté de la Terre ». Existe là l’éloge de la vie. L’auteure boit la mousse de l’aube en des jardins cachés et croquer l’écorce du jour .
Des incertitudes s’ancrent dans l’oblique des chimères, elles ont des ventre d’hermine. Josselyne Chorry prend le temps d’habiter des vallons et tremble dans l’abécédaire des conjugaisons réinventées. Sa langue cherche toujours la complicité de la nature. Son écriture maraude pas à pas, reconnaît le bruit d’une source et ses nacres.
Sur ses chemin où il n’y a pas de chemins, entre silence et tremblement, la poète mange l’absence, nuages, soleil, le début et la fin. Elle retient le chant des fugues, explore un cep qui s’abandonne, retient ses gonflements, bourgeons du désir et silence au bec corail. Et paradoxalement, elle redevient une femme puissante et puisatière.
Jean-Paul Gavard-Perret
