Claude Bugeia

« Le ciel s’aère à ses branchies de sel »(1) est un voyage poétique à travers les paysages du monde et les déchirures de notre temps. Claude Bugeia y déploie une écriture vibrante, où la beauté des arbres, des mers et des saisons se mêle à la mémoire des guerres, des exils et des blessures humaines. Entre célébration de la nature et dénonciation des violences, ses vers cherchent un souffle d’espérance.
Des rives de Nouvelle-Calédonie aux terres méditerranéennes, du tumulte des hommes à la douceur d’un verger en fleurs, la poésie devient une passerelle tenace qui relie les vivants, au-delà des frontières et des douleurs. Des vers intenses qui rappellent que l’art des mots peut encore redonner couleurs et souffle au monde.
(1) Titre inspiré d’un passage de Amers de Saint-John Perse
Format 145 x 205 mm, 110 pages N&B
Insondable nature
La poétesse transforme ses textes en des hymnes à la nature dont à « la Nouvelle-Calédonie, terre bien-aimée », écrit-elle. Mais pour l’atteindre, il faut parfois passer par les aéroports dont l’un « S’agite, frétille en pleine lumière De jour comme de nuit ». Grace à lui sont repoussées les frontières même si de tels lieux deviennent des animaux qui jubilent. Pour atteindre Honolulu, Cebu, Nouméa, Santorin passent les hommes rêveurs en quête d’un ailleurs. Les aéroports sont en conséquence fabricants images ou mirages là où débarquent qui nous sommes : « des fourmis laborieuses Déguisées en Maya, investissent la ruche Qui bourdonne de joie. »
C’est donc l’invitation au voyage. Bientôt, une trouée de lumière annonce en bordure de mer une saignée rouge carmin tracée à coup de sabre. Se découvre parfois « une piste oubliée chez le peuple des arbres (…) Aux troncs entrelacés et presque impénétrables Qui abritent pourtant des chevaux affolés ». Claude Bugeia nous entraîne, par la magie de ses mots, là où beaucoup d’entre nous ne sont jamais allés. L’auteure ouvre même des présences invisibles. Des oiseaux se croisent dans le ciel et des chevaux sur la terre ocre en des cavalcades avant de rejoindre un point d’eau pour s’y désaltérer. Vision dans la pénombre.
Dans ce livre, des sérénades se succèdent en un ruban de merveilles. Et qu’importe si parfois la chaleur macère. De tels poèmes ouvrent grand leurs bras là-bas sur le rivage ou dans les montagnes. Les deux ne craignent pas la mer et parfois viennent s’y baigner. Ils en sortent avec d’étranges coupes rasta. C’est le moment alors d’écouter leur chant. L’auteure s’empare même de l’aube au crépuscule au milieu des perruches et des merles.
Jean-Paul Gavard-Perret
