Yannick Girouard

Funambule est un assortiment d’histoires où l’on bascule entre réel, fantastique, absurde, poésie, révolte et tendresse. Au fil des pages, l’auteur explore ce moment fragile où l’homme vacille – sur le trottoir, en plein champ, devant une croix ou sur un câble tendu entre deux piliers gothiques – et où pourtant quelque chose s’invente, une vérité, un geste de beauté, un défi au vide. Les personnages, eux, funambules sur le fil de leur destin, tentent de trouver leur équilibre au sein d’une société déréglée, entre solitude, beauté et chaos. L’humour, parfois noir, s’invite aux côtés de la satire sociale et de l’émotion brute.
D’une plume fine et inquiète, avec une langue ciselée, imagée et vibrante, Yannick Girouard nous offre une mosaïque de récits modernes et mordants, un recueil singulier qui interroge autant qu’il bouleverse – un funambule littéraire à lui seul.
Format 145 x 205 mm, 140 pages N&B
Dans un recueil composé de douze nouvelles qu’il a intitulé Funambule, en écho à la dernière d’entre elles (Funambule en cathédrale), Yannick Girouard nous livre implicitement, au-delà même de la qualité de son écriture, un précipité de sa personnalité d’auteur, laquelle s’avère riche et multiple, voire même parfois surprenante.
Par le truchement de sa plume il devient à la fois le poète qui n’hésite pas à ouvrir au lecteur son âme d’enfant (L’homme-chapeaux), le philosophe humaniste qui nous fait don de sa culture étendue (Giotto en Sahel), mais aussi celui qui peut prendre la figure d’un homme révolté, comme un porteur de bannière. Ce dernier aimerait qu’une nuée de squelettes s’abattent sur un monde qui lui paraît indifférent aux massacres et à la misère (Parachutage). De ce fait, l’auteur serait presque tenté par la provocation qu’elle prenne une tonalité adolescente (Drone) ou même prophétique et brutale (Sous le signe du serpent) .
Yannick Girouard sait manier la métaphore pour nous faire part de son scepticisme vis-à-vis de ses semblables, lesquels lui semblent perdus dans le brouillard de leur existence (La nuée). On a le sentiment qu’il se vit lui-même et ses compagnons artistes tels les albatros de Baudelaire : « roi de l’azur, maladroits et honteux… qui laissent piteusement leurs grandes ailes blanches / Comme des avirons traîner à côté d’eux » (L’albatros) .
On voit bien que l’écrivain qu’il est veut croire en l’amour et en sa force de rédemption, y compris à travers sa dimension physique (Bel ange). Mais il balance entre détachement mystique non exempt d’une cruauté témoignant d’un pessimisme messianique (Place nette et L’oiseau et le baigneur) et, fort heureusement, foi et authentique espérance (Funambule en cathédrale – essai qui clôt avantageusement l’ouvrage).
Didier LEROI
