Années pérégrines

Le voyage n’est pas un métier, pas plus une stricte affaire de géographe ou d’aventurier...

Cyril Boisnier

Le voyage n’est pas un métier, pas plus une stricte affaire de géographe ou d’aventurier.
Cyril Boisnier nous plonge à sa manière dans ses pérégrinations. En quête intemporelle d’espaces baignés de vie ou de pur silence, l’auteur traverse les paysages, rencontre des visages et des histoires. Au-delà des frontières géographiques, son exploration nous propose des points de connexion au monde, une échappatoire à l’usure de soi, rédemptrice. Son écriture à la frontière du récit, de l’essai et de la nouvelle, dévoile une introspection profonde où le voyage constitue un moyen de se retrouver sous un autre ciel, d’outrepasser les limites, de briser les barrières et surtout, de se perdre pour mieux se trouver.
Années pérégrines est une invitation à emprunter les chemins sinueux de l’existence, à embrasser l’inconnu et à célébrer la beauté, le bonheur, l’oubli, généreusement dispersés sur la route.

Format 145 x 205 mm, 254 pages N&B


Invi­ta­tions aux voyages

Les mots en inci­pit de Proust — « Comme le bou­quet qu’un voya­geur nous envoie d’un pays où nous ne retour­ne­rons plus, faites-moi res­pi­rer du loin­tain de votre ado­les­cence ces fleurs des prin­temps que j’ai tra­ver­sés il y a bien des années. » indiquent par pro­cu­ra­tion les «Années péré­grines» sous forme d’un récit qui devient la quête conti­nue de soi-même.
Le tout en une suc­ces­sion de sen­sa­tions, d’émotions, de réflexions et ce, de digres­sions en digres­sions par une prose poé­tique par­fois volon­tai­re­ment neutre mais néan­moins inci­sive. La France y est décrite – en pas­sant entre autres aux Alpes lors du Tour de France – mais s’y mêlent d’autres diva­ga­tions foraines. Le tout pour recons­ti­tuer la trace de l’enfance puis le récit pro­fes­sion­nel d’une vie.

Cyril Bois­nier reste un voya­geur qui fait abs­trac­tion des obs­tacles. en neuf cha­pitres. L’âme des pay­sages s’y exalte en cette iti­né­rance bou­le­ver­sée, fer­ti­li­sée par la langue bour­rée de des­crip­tions, d’enthousiasmes et d’épanchement. Cela témoigne d’un besoin vis­cé­ral d’évasion nourri aussi par ses lec­tures (Verne par exemple) ou d’autres médiums.
Tout se révèle « sous les houp­piers » , sur la lumière tos­cane et bien d’autres lieux encore. Cha­cun des ins­tants nous fas­cine. Là où le cinéma lui-même n’y est pas pour rien. Rites et cou­tumes se déploient au sein des des­crip­tions. Chaque détail sort de par­tout grâce à la verve de l’auteur qui devient lui-même le monde. Il est capable de per­cer les insi­gni­fiances et les signes du néant.

Il aime les ren­contres des hommes comme aussi « les troncs noueux et ridés des oli­viers sau­vages », les chênes, les mina­rets proches de figues de bar­ba­rie. Pour lec­trices et lec­teurs, il existe tant de fes­tins car, pour ouvrir l’appétit,  les mots ont à dire « un peu gomi­nés » ou de poils noir rasés de près. Si bien que notre esprit se fait voyant et un air frais le ras­sé­rène.
Le monde grouille de l’ancien et les guerres jusqu’à l’ère indus­trielle. C’est comme si la terre trem­blait à la ren­contre de tout ce qui nour­rit l’histoire (par­fois cruelle) en ce voyage ini­tia­tique par lequel — de L’inde, de Pologne jusqu’à Cour­che­vel — le pro­fes­sion­nel et auteur plé­nier a su tout visi­ter pour don­ner à cha­cun bien des invi­ta­tions escomp­tées. Passionnant.

Jean-Paul Gavard-Perret